SEMESTRE 2 / Les représentations du monde OUVERTURE DU

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SEMESTRE 2 / Les représentations du monde OUVERTURE DU MONDE, OUVERTURES DES MONDES

Présentation générale du semestre du 6/01/20 au 22/02/20 7 semaines 28h (14h Philo 14h Lettres) PARCOURS 1 : D’UN MONDE CLOS À L’UNIVERS INFINI Découverte du monde / Décrire, figurer, imaginer VACANCES SCOLAIRES D’HIVER du 9/03/20 au 17/04/20 6 semaines 24h (12h Lettres 12h Philo) PARCOURS 2 : NOUS ET LES AUTRES Découverte du monde et pluralité des cultures / L’homme et l’animal VACANCES SCOLAIRES DE PRINTEMPS À partir du 04/05/20 4 à 5 semaines 16h à 20h (8h à 10h de Philosophie/ 8h à 10h de Littérature) Épreuve de spécialité pour les « renonçants » PROJET INTERDISCIPLINAIRE : vers le grand oral

ORGANISATION DE CHAQUE PARCOURS EN 4 ÉTAPES ENTRÉE TEMPS DANS LE PARCOURS D’ENSEIGNEMENT DISCIPLINAIRES TEMPS D’ENSEIGNEMENT INTERDISCIPLINAIRE ÉVALUATION COMMUNE

PARCOURS 1 D’UN MONDE CLOS À L’UNIVERS INFINI Liens vers l’ensemble des documents liés à ce parcours https://cutt.ly/vitpFH

PARCOURS 1 : D’UN MONDE CLOS À L’UNIVERS INFINI 1. ENTRÉE DANS LE PARCOURS Philosophie 1h Représenter le monde, se représenter le monde : cartes du XIVe au XVIe siècle co-intervention Fini/infini, homme/univers 1h Littérature 1h Cosmogonies poétiques Supports : Photos de télescopes. Extraits de films Supports : Hésiode, Genèse, poèmes indien, phénicien, (Interstellar, Gravity). Chanson (Bowie, Space Oddity). chinois, mythes chinois 1h Leibniz, Lettre à Sophie Lecture, échanges, et mises en voix

PHILOSOPHIE Prise de conscience de la petitesse de l’homme, minuscule être entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Comment appréhender notre finitude ? Sur l’infiniment grand : extrait du film Interstellar photos du télescope Hubble

Sur l’infiniment petit : texte de Leibniz photo au microscope des bactéries intestinales Leibniz, Lettre à Sophie 1696 : « Les âmes sont des unités et les corps sont des multitudes, mais infinies, tellement que le moindre grain de poussière contient un monde d'une infinité de créatures. Et les microscopes ont montré aux yeux mêmes plus d'un million d'animaux vivants dans une goutte d'eau. Mais les unités, quoiqu'elles soient indivisibles et sans parties, ne laissent de représenter les multitudes, à peu près comme toutes les lignes de la circonférence se réunissent dans le centre. »

LITTÉRATURE Séance 2 - Cosmogonies et poésie : « Au commencement était le verbe ». Activités : lecture, échanges et mises en voix. Questionnement : Comment la création de l’univers nous est-elle racontée ou expliquée ? L’homme a-t-il un libre-arbitre ? Supports : Hésiode, La Théogonie, VIIIe siècle av. J.-C., poème grec. La Bible, Ancien Testament, « La Genèse », chap.1 Poème indien, in Les Mythes de la création. Poème phénicien in Cosmogonies: les grands mythes de la création du monde. Poème chinois : voir bibliographie proposée.

PARCOURS 1: D’UN MONDE CLOS À L’UNIVERS INFINI 2. TEMPS D’ENSEIGNEMENT DISCIPLINAIRES Philosophie Supports : Koyré, Du monde clos à l’univers infini ; Traité du Ciel d’Aristote ; Russell, Science et religion, Descartes. Littérature Deux possibilités Voyages sur la lune Vertiges de l’immensité Supports : Lucien, C. de Supports : Du Bartas, Bergerac, J. Verne, affiche du Chassignet, Drelincourt, de Lecture et apports notionnels film de Méliès, extrait de la Viau, Montaigne, Foucault. Épistémologie/ démarche scientifique mise en BD De cape et de crocs. 6h place en Occident autour du XVIe siècle. Conflits science-religion. Notion de vérité scientifique et prétendue vérité révélée religieuse. Ouverture possible sur la question de la liberté des actions et des créations humaines. lecture apports notionnels et méthodologiques (littérature, fiction, sc-fiction ; commentaire) Travaux de recherches et exposés L’homme sur la lune ; les relations de voyage de T. Pesquet ; œuvres traitant d’un voyage dans l’espace Une œuvre baroque parmi une liste (architecture, sculpture, musique). 6h

PHILOSOPHIE Introduction à l’épistémologie et à la démarche scientifique mise en place en Occident autour du XVIe siècle. Explosion de la vision du monde comme Cosmos avec les révolutions scientifiques des XVe-XVIe siècles. Texte de Koyré, Du monde clos à l’univers infini « Pour ma part, écrit-il, j'ai essayé, dans mes Études Galiléennes, de définir les schémas structurels de l'ancienne et de la nouvelle conception du monde et de décrire les changements produits par la révolution du XVIIe siècle. Ceux-ci me semblent pouvoir être ramenés à deux éléments principaux, d'ailleurs étroitement liés entre eux, à savoir la destruction du Cosmos, et la géométrisation de l'espace, c'est-à-dire : la destruction du monde conçu comme un tout fini et bien ordonné, dans lequel la structure spatiale incarnait une hiérarchie de valeur et de perfection, monde dans lequel « au-dessus » de la Terre lourde et opaque, centre de la région sublunaire du changement et de la corruption, s'« élevaient » les sphères célestes des astres impondérables, incorruptibles et lumineux , et le remplacement de la conception aristotélicienne de l'espace, ensemble différencié de lieux intramondains, par celle de l'espace de la géométrie euclidienne – extension homogène et nécessairement infinie – désormais considéré comme identique, en sa structure, avec l'espace réel de l'univers. Ce qui à son tour impliqua le rejet par la pensée scientifique de toutes considérations basées sur les notions de valeur, de perfection, de sens ou de fin, et finalement, la dévalorisation complète de l'Être, le divorce total entre le monde des valeurs et le monde des faits ». À partir de la découverte moderne de l’infinité de l’univers, réflexion possible sur les notions philosophiques de conscience et/ou de liberté

LITTÉRATURE 1e proposition : « Voyages sur la lune » Réflexion générale : L’homme doit repenser sa place dans un monde qui est devenu un univers infini. Questionnements : Sur la conquête spatiale : quels espoirs sont attachés à ces conquêtes ? Dans quelle mesure la fiction nourrit-elle notre réflexion sur l’Homme et sa place dans l’univers ? Qu’apporte la science-fiction à cette réflexion ? Permetelle de nous interroger sur notre monde ? Supports : Lucien, Histoires vraies, voyage sur la Lune I, 22-23 (II e siècle av. J.-C.) Cyrano de Bergerac, Histoire comique des États et Empires de la Lune et du Soleil, (ca. 1650) Jules Verne, De la Terre à la Lune, fin du chapitre II – le discours de Barbicane (1868). Le Voyage dans la Lune, de Georges Méliès – Affiche du film (1902). A. Ayroles et J.-L. Masbou, De Cape et de Crocs (BD), Tome 6 Luna incognita, Delcourt, 2004. Activités : Lecture (compréhension, interprétation): textes et images ; Écriture : paragraphes d’analyse, paragraphes de synthèse (vers la question d’interprétation, vers la question de réflexion) ; Travaux de recherche et exposés sur « L’homme sur la lune », « L’homme dans l’espace » ; Visite virtuelle de l’exposition « Ciel et terre » (BNF).

2nde proposition : « Vertiges de l’immensité » Supports : Du Bartas, « Quatrième jour » v. 135-155, La Semaine, 1578. Montaigne, « De la vanité », Essais, III-9, 1595. Alexandre Chassignet, Le Mépris de la vie et consolation contre la mort, 1594 Laurent Drelincourt (1626-1681), « Sur l’arc-en-ciel », Sonnets chrétiens, 16 Théophile de Viau, « Un Corbeau devant moi croasse », Poésies, 1621. Michel Foucault, Les Mots et les choses, 1966. Apports notionnels : la littérature baroque. Le baroque. Questions : reprendre celles de l’axe 1 en les adaptant. Recherches et exposés : Quelles sont les figures mythologiques de prédilection de ce mouvement ? Pourquoi le baroque en peinture a-t-il succédé au classicisme ? (voir corpus baroque complémentaire)

PARCOURS 1: D’UN MONDE CLOS À L’UNIVERS INFINI 3. TEMPS D’ENSEIGNEMENT INTERDISCIPLINAIRE Philosophie Littérature Pascal, Pensées : même extrait travaillé en Littérature et en Philosophie 3h 1h Question d’interprétation philosophique : Question de réflexion littéraire : méthodologie appliquée méthodologie appliquée 3h Prolongement histoire des arts autour de Prolongement histoire des arts autour d’œuvres l’ouverture de l’espace dans le tableau d’Escher Bilan du parcours : synthèse 1h

Texte de Pascal, Pensées, « Disproportion de l’homme » Br 72, Lafuma 199 Que l’homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu’il éloigne sa vue des objets bas qui l’environnent. Qu’il regarde cette éclatante lumière mise comme une lampe éternelle pour éclairer l’univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu’il s’étonne de ce que ce vaste tour lui même n’est qu’une pointe très délicate à l’égard de celui que ces astres, qui roulent dans le firmament, embrassent. Mais si notre vue s’arrête là que l’imagination passe outre, elle se lassera plutôt de concevoir que la nature de fournir. Tout ce monde visible n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature. Nulle idée n’en approche, nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses. C’est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin c’est le plus grand caractère sensible de la toute puissance de Dieu que notre imagination se perde dans cette pensée. Que l’homme étant revenu à soi considère ce qu’il est au prix de ce qui est, qu’il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature. Et que, de ce petit cachot où il se trouve logé, j’entends l’univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi même, son juste prix.[ ] Car enfin qu’est ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout, infiniment éloigné de comprendre les extrêmes. La fin des choses et leurs principes sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d’où il est tiré et l’infini où il est englouti. Question d’interprétation philosophique Comment l’homme se situe-t-il par rapport à l’infini ? Question de réflexion littéraire Comment la littérature permet-elle de questionner la place de l’homme dans l’univers ?

Réflexion en histoire de l’art : Lien entre infinité de l’univers et utilisation de la perspective en peinture pour suggérer l’immensité de l’espace. Invention et développement de la perspective en peinture autour du XVe siècle. Texte d’Alberti, Traité de peinture I, 19 (1435): « je trace d’abord sur la surface à peindre un rectangle de la grandeur que je veux, qui sera pour moi une fenêtre ouverte sur le monde à partir de quoi on peut contempler l’histoire ( ) Une fois ce point central placé, je tire des lignes droites de ce point à chacune des divisions de la ligne de base, et ces lignes me montrent comment les quantités transversales successives changent d’aspect presque jusqu’à une distance infinie». ÞAnalogie entre l’ouverture d’un espace infini et la découverte de nouvelles terres dans le monde Tableau de Pierro della francesca, La flagellation du Christ

Comparaison entre la place du sujet dans la peinture occidentale et la peinture chinoise : avec la perspective occidentale, l’homme est placé au centre (cf. texte de Descartes, 2 nde Méditation métaphysique), alors que dans la perspective chinoise, bien plus ancienne, l’homme est fondu dans la nature. Cf. Sylvain Auroux, La pensée chinoise : la langue et l’art chinois peignent le mobilisme : « l’étant engagé dans la dynamique générale de l’univers ». Tableau de Fan Kuan, Voyageurs parmi les torrents et montagnes (XIe siècle)

LITTÉRATURE : prolongement HDA L’ œuvre de M.C. ESCHER (1898-1972), L’exploration de l’infini Mauritz Cornelis ESCHER est un artiste hollandais. Après de brèves études d’architecture, il s’initie aux arts décoratifs, ce qui lui permet de maîtriser rapidement les techniques du dessin et de la xylographie. Les Trois Mondes, 1955 Il s’agit d’une lithographie sur laquelle figurent trois mondes séparés par l’eau : le monde sous-marin, le monde terrestre et le monde-surface, monde de reflets et de miroirs.

Relativité, 1951. Célèbre lithographie de l’artiste, elle est caractéristique de ses explorations sur la perspective. La gravure présente six escaliers et trois sources de gravité. Remarquons que chaque escalier peut être emprunté par des personnages de deux sources de gravité.

PARCOURS 1: D’UN MONDE CLOS À L’UNIVERS INFINI 4. ÉVALUATION COMMUNE Philosophie 1h 1h Littérature un texte philosophique avec question d’interprétation philosophique et question de réflexion littéraire 1h Correction de la partie philosophique Correction de la partie littéraire Ouverture : retour sur la cartographie et la découverte de nouvelles cultures ou travail créatif sur les façons de se représenter le monde contemporain d’internet. Ouverture : soit écrit personnel témoignant 1h d’un vertige devant l’immensité, soit échanges sur une/des représentations de l’immensité des réseaux internet.

PARCOURS 2 NOUS ET LES AUTRES Liens vers l’ensemble des documents liés à ce parcours https://cutt.ly/Nits4X

PARCOURS 2 : NOUS ET LES AUTRES 1. ENTRÉE DANS LE PARCOURS Philosophie 2h Littérature Diffusion du documentaire Sauvages, au cœur L’animal et moi, moi et l’animal des zoos humains, de P. Blanchard et B. Victor- Supports : Pujebet 1) Jeu « Des animaux vous défient » en ligne (Thema Arte « Pas si bêtes les animaux ») – Réflexion sur notre rapport à l’Autre : réalisé en amont du cours par les élèves construction de l’identité personnelle et culturelle 2) L’enfant cruel face à l’animal 1h Supports : V. Hugo, « Le Crapaud », Flaubert, « La par opposition à ce qui n’est pas soi. légende de Saint-Julien l’Hospitalier » (Trois Contes), E. de Fontenay, Sans offenser le genre humain (extrait) – lecture magistrale (écoute) Réactions et débat : pourquoi tant de haine ?

PHILOSOPHIE Problématisation : Réflexion sur notre rapport à l’Autre : tendance à la domination des animaux et au rejet des autres hommes

LITTÉRATURE Entrée dans le parcours : « L’animal et moi, moi et l’animal ». En amont : Jeu sur Thema Arte « Pas si bêtes les animaux » où chaque animal nous défie grâce à l’une de ses facultés éprouvées lors d’expériences scientifiques Lecture de « La légende de Saint-Julien l’Hospitalier » de Flaubert. En classe : L’enfant cruel face à l’animal. Activités : 1. Lecture du poème « Le Crapaud » de V. Hugo, et d’un extrait de Sans offenser le genre humain, d’E.de Fontenay. 2. Réactions après les lectures précédentes et débat autour de la question : pourquoi tant de haine envers l’animal ?

PARCOURS 2 : NOUS ET LES AUTRES 2. TEMPS D’ENSEIGNEMENT DISCIPLINAIRES Philosophie Littérature 1) Autrui : proximité et éloignement 1) Des animaux et des hommes : paroles de bêtes 2) De l’ethnocentrisme à l’anthropocentrisme Deux possibilités 2) Sauvages, bon sauvage, barbares ? Supports : Merleau-Ponty, Le visible et l'invisible Supports : C. de Bergerac, Voltaire, Colette, W. Mouawad, Prolongement histoire des arts : Le jeune noir à l’épée, J. Sfar livre musical d’Abd El Malik // la représentation des Transition : de l’anthropocentrisme à l’ethnocentrisme « noirs » en art (cf. expo Orsay « Le modèle noir »). 5h Supports : Descartes, Lettre au Marquis de Newcastle de nov 1646 de et Malebranche, De la recherche de la vérité / Levi-Strauss, La pensée sauvage interview Levi Strauss 1991 « Ce que les peuples amérindiens nous ont apporté ». Supports : Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ;Levi Strauss sur Rousseau dans Anthropologie structurale ; E. de Fontenay, Le silence des bêtes chp 4 sur Levi Strauss « Le plus autrui des autrui ». Supports : (Montaigne), Bougainville, Diderot, le chevalier de Jaucourt, Rousseau, (Levi Strauss). Prolongement histoire des arts : Les Indes galantes, de Rameau/Fuzelier à C. Cogitore. 6h lecture apports notionnels et méthodologiques Séparation ou continuum du vivant ? L’homme, du sauvage au barbare, découverte du monde et pluralité des cultures/ lectures de l’argumentation ; essai. Écriture et profération d’un discours Plaidoyer à une ou plusieurs voix pour la défense d’une cause contre une forme d’anthropocentrisme ou d’ethnocentrisme.

PHILOSOPHIE Texte de Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes : « Je ne vois dans tout animal qu'une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même et pour se garantir, jusqu'à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire, ou à la déranger. J'aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine, avec cette différence que la nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l'homme concourt aux siennes, en qualité d'agent libre. L'un choisit ou rejette par instinct, et l'autre par un acte de liberté ; ce qui fait que la bête ne peut s'écarter de la règle qui lui est prescrite, même quand il lui serait avantageux de le faire, et que l'homme s'en écarte souvent à son préjudice. C'est ainsi qu'un pigeon mourrait de faim près d'un bassin rempli des meilleures viandes, et un chat sur des tas de fruits ou de grain, quoique l'un et l'autre pût très bien se nourrir de l'aliment qu'il dédaigne, s'il s'était avisé d'en essayer. C'est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès qui leur causent la fièvre et la mort ; parce que l'esprit déprave les sens, et que la volonté parle encore, quand la nature se tait ». Texte de Levi-Strauss, Anthropologie structurale : « C’est maintenant qu’exposant les tares d’un humanisme décidément incapable de fonder chez l’homme l’exercice de la vertu la pensée de Rousseau peut nous aider à rejeter l’illusion dont nous sommes, hélas, en mesure d’observer en nous-mêmes et sur nous-mêmes les funestes effets. Car n’est-ce pas le mythe de la dignité exclusive de la nature humaine qui a fait essuyer à la nature elle-même une première mutilation, dont devaient inévitablement s’en suivre d’autres mutilations ? On a commencé par couper l’homme de la nature, par le constituer en règne souverain ; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu’il est d’abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu’au terme des quatre derniers siècles de son histoire l’homme occidental ne put-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d’un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion ». Cf. E de Fontenay, Le silence des bêtes chp 4 sur Levi Strauss « Le plus autrui des autrui »

LITTÉRATURE AXE 1 Des animaux et des hommes : Paroles de bêtes Réflexion : la littérature, pour faire parler les animaux ? Questionnements : Adopter le point de vue de l’animal permet-il de se remettre en question ? Comment l’Homme considère-t-il l’animal ? Pourquoi ? Est-il supérieur à l’animal ? Supports : Cyrano de Bergerac, Les États et Empires du Soleil, 1662. Voltaire, Dialogues philosophiques, « Dialogue du chapon et de la poularde », 1763. Colette, Dialogues de bêtes, « Sentimentalités », 1905. Wajdi Mouawad, Anima, Première partie, « Bestiae Verae », Éditions Actes Sud, 2012. Joann Sfar, Le Chat du Rabbin, tome 6 : Tu n’auras pas d’autre dieu que moi, Dargaud, 2015. Activités : - Sur les droits des animaux : projection de films extraits du Thema Arte / Débat / Exposés sur l’évolution des droits des animaux ; - Ecriture : paragraphes d’analyse (interprétation) et de synthèse - Écriture et profération d’ un discours: un plaidoyer pour défendre le droit d’un animal par exemple.

AXE 2 Sauvages, bon sauvage, barbares ? Réflexion : de l’anthropocentrisme à l’ethnocentrisme Questionnements : - Quels comportements l’Homme-voyageur ou « civilisé » adopte-t-il face aux autres ? - Qu’est-ce qu’un homme civilisé ? Un sauvage ? Un barbare ? - Quels sont les différents types de voyages ? De voyageurs ? - La diversité des cultures est-elle une richesse ? - Qu’est-ce que l’humanisme ? Supports : Bougainville, Voyage autour du monde, seconde partie, chapitre 3, 1766 à 1769, Diderot, Supplément au Voyage de Bougainville, « Les Adieux du vieillard », 1772. Le chevalier de Jaucourt, L’ Encyclopédie, article « Voyage », 1751. Rousseau, Discours sur les sciences et les arts, première partie, 1750. Montaigne, Essais, « Des cannibales », chapitre 31 du Livre I, 1573. Levi-Strauss, Race et histoire, chapitre 3, « L’ethnocentrisme », 1952. Activités : Écriture : paragraphes d’analyse (interprétation) et de synthèse (réflexion). Exposés : sur un écrivain voyageur (Loti, Stevenson, Sylvain Tesson ) ; sur la place des voyages aujourd’hui et leurs objectifs.

Prolongement Histoire des arts Les Indes galantes, de Rameau/Fuzelier à C. Cogitore. https://operabaroque.fr/RAMEAU INDES.htm COURT-MÉTRAGE de Clément Cogitore (5’46) Adaptation d’une courte partie de ballet (l’entrée des sauvages) avec le concours d’un groupe de danseurs de Krump, et de trois chorégraphes : Bintou Dembele, Igor Caruge et Brahim Rachiki. Le Krump est une danse née dans les ghettos de Los Angeles dans les années 90. Sa naissance résulte des émeutes et de la répression policière brutale qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King.

PARCOURS 1: D’UN MONDE CLOS À L’UNIVERS INFINI 3. TEMPS D’ENSEIGNEMENT INTERDISCIPLINAIRE Philosophie Littérature Montaigne (« Des cannibales ») : même extrait travaillé en Littérature et en Philosophie Levi-Strauss (Race et histoire) en écho 3h Question de réflexion philosophique : méthodologie appliquée Question d’interprétation littéraire : méthodologie appliquée 3h

Travail sur le texte de Montaigne, Essais, I, 31, « Des cannibales » Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu'on m'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage. Comme de vrai nous n'avons autre mire de la vérité, et de la raison, que l'exemple et idée des opinions et usages du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu. Et si pourtant, la saveur même et délicatesse se trouve, à notre goût même, excellentes à l'envi des nôtres, en divers fruits de ces contrées-là, sans culture, ce n'est pas raison que l'art gagne le point d'honneur sur notre grande et puissante mère Nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions que nous l'avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises. Haec veniunt ederae sponte sua Melius Surgit et in solis formosior arbutus antris Et volucres nulla dulcuis arte canunt. [Le lierre vient mieux de lui-même que les grottes solitaires ; l’arbousier croît plus beau et les oiseaux ont un chant plus mélodieux sans travail] Question d’interprétation littéraire Qu’est-ce qu’un « sauvage » selon Montaigne dans cet extrait ? Question de réflexion philosophique Peut-on dire d’une culture qu’elle est supérieure à une autre ?

Texte de Levi-Strauss, Race et histoire lu en écho On sait, en effet, que la notion d'humanité, englobant, sans distinction de race ou de civilisation, toutes les formes de l'espèce humaine, est d'apparition fort tardive et d'expansion limitée. Là même où elle semble avoir atteint son plus haut développement, il est nullement certain - l'histoire récente le prouve - qu'elle soit établie à l'abri des équivoques ou des régressions. Mais, pour de vastes fractions de l'espèce humaine et pendant des dizaines de millénaires, cette notion apparaît totalement absente. L'humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village ; à tel point qu'un grand nombre de populations dites primitives se désignent d'un nom qui signifie les "hommes" (ou parfois - dirons- nous avec plus de discrétion "les bons", "les excellents", "les complets), impliquant ainsi que les autres tribus groupes ou villages ne participent pas des vertus - ou même de la nature humaine, mais sont tout au plus composés de "mauvais", de "méchants", de "singes de terre" ou "d'œufs de pou" [.]. Dans les Grandes Antilles, après la découverte de l'Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d'enquête pour rechercher si les indigènes possédaient ou non une âme, ces derniers s'employaient à immerger des blancs prisonniers afin de vérifier par une surveillance prolongée si leur cadavre était ou non, sujet à la putréfaction. Cette anecdote à la fois baroque et tragique illustre bien le paradoxe du relativisme culturel (que nous retrouverons ailleurs sous d'autres formes) : c'est dans la mesure même où l'on prétend établir une discrimination entre les cultures et les coutumes que l'on s'identifie le plus complètement avec celles qu'on essaye de nier. En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus "sauvages" ou les plus "barbares" de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leur attitude typique. Le barbare c'est celui qui croit à la barbarie.

PARCOURS 2 : NOUS ET LES AUTRES 4. ÉVALUATION COMMUNE Philosophie 1h un texte littéraire avec question d’interprétation littéraire et question de réflexion philosophique Correction de la partie philosophique 1h Littérature 1h Correction de la partie littéraire Ouverture : Vidéos des abattoirs diffusées par Ouverture : visite d’un musée (Museum à 1h l’Association L214 : quels droits doit-on accorder Bordeaux ou visite thématique autour de la aux animaux ? représentation des animaux dans l’art dans d’autres musées).

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